06.05.2007
Commentaires sur la société américaine
Trop de choses à dire sur les Américains, ou plutôt sur les Texans en particulier… Pour simplifier ce que j’ai pu voir, entendre et comprendre, j’ai décidé de présenter le tout sous la forme de thèmes. Voici une remise à jour des analyses, car on en apprend tous les jours !
« America , Fuck yeah ! » (cf. l’énormissime film Team America), ou les premières impressions.
Quand on pose les pieds sur le sol américain pour la première fois, ce qui nous vient à l’esprit c’est quelque chose du style : « Wahou… C’est énorme ! ». Car ici, tout est gros, tout est grand : immeubles, voitures, personnes (j’ai vu des obèses comme jamais vous n’en verrez en France !)… On se sent petit… et maigre ! La deuxième impression, c’est : « Il ne parlent pas anglais ! ». Et là, ça fait mal ! Des années d’anglais pour ne pas comprendre grand chose… Avec le temps ça vient, d’ailleurs quand je réécoute des anglais parler je les trouve tellement « snobs » !
Recette utile pour parler avec un accent texan : mâchez 3 marshmallows, portez un pince-nez, transformez vos « t » en « d », et tout ce qui sonne « o » prononcez-le « a », évitez toute articulation excessive… ça y est, vous parlez texan !
Don’t Mess with Texas ! (doux slogan de l’État)
Contrairement à ce que laisserait penser le très répandu préjugé sur le Texas, les bottes de cow-boy et le Stetson ne sont pas les premières références identitaires qui saute aux yeux. On est à Houston tout de même… Ce qui saute aux yeux, ce sont les drapeaux texans omniprésents, et les Pick-up truck. Le Texas est le seul État qui peut placer son drapeau à la même hauteur que le drapeau national… et les américains aiment les drapeaux…
Mais le Pick-up truck ici, c’est l’institution majeure ! Super pratique d’ailleurs : deux places au total pour emmener toute la famille, pas de coffre mais une « remorque intégrée » pour emmener tous ses petits effets personnels (tondeuses à gazons, poubelles, échelles…), et parfois quatre roues à l’arrière et un pare-buffle pour améliorer stabilité et sécurité ! En bref, une petite citadine raffinée adaptée à la vie de cadre, peu polluante, dont le seul inconvénient se résumerait à prendre deux places de parking… Je vous passe les publicités Chevrolet, hilarantes, pendant lesquelles la musique country (chantée par une sulfureuse guitariste blonde) est au rendez-vous, avec comme toile de fond… un drapeau texan, s’il-vous-plaît !!
Voitures & Circulation.J’enchaîne rapidement sur le culte de la voiture qui règne ici. La ville étant tellement étendue que les transports en commun ne couvrent bien que Downtown, soit quasi-rien. Après avoir eu mon accident, il me fallait parfois le matin près d’1h30 de transports en commun pour aller au boulot (contre 20 minutes de voiture max auparavant !). Ici, sans voiture, on ne fait rien ! Être à pied se résume presque à être clochard, ou « louche » tout du moins. Environ 80% de la population des transports en commun, hors Downtown, est noire ou hispanique (1$ le ticket). Mais le plus frappant, c’est l’état des routes.
Les nids de poules jonchent les routes texanes ! Il y a tellement de béton partout, tellement d’échangeurs aussi, que ça ne doit pas être évident de suivre au niveau des dépenses publiques… En tout cas le pire, c’est rouler quand il pleut (tout est énorme ici, même la pluie !!!), car les routes sont inondées… Welcome to Houston, Tiers-Monde ! Et dans cette situation, on se dit, ok… et si j’achetais un Pick-up truck !
Culture, ouverture et déconfiture.
Concernant le patrimoine culturel (comme on l’entend chez nous, ie Gastronomie, Châteaux & monuments historiques…), à part les quelques musées de Houston (plutôt bien achalandés), c’est le quasi-néant dans la région.
La ville qui s’est construite sur le tard, grâce au pétrole. Tout est neuf, tout se construit et se détruit, de façon plus ou moins organisée… L’avantage de cette situation : la ville est super ouverte sur l’international. Les gens viennent et repartent, rare sont ceux qui s’y établissent (en tout cas pour les non-américains), et rare sont ceux aussi qui sont venus ici par leur seule volonté !!
Pour revenir à la culture, le Texas est une terre un peu « hostile »… Pour avoir des discussions intéressantes, il faut le plus souvent se tourner du côté des universitaires. Parfois les américains d’ici semblent manquer d’esprit critique et de connaissance du monde. Je ne me lancerai pas dans des comparaisons avec la France ou l’Europe, mais ce sont les deux points qui m’ont le plus marqué.
Dans le même style, plus illustré, peut-être trop engagé : http://youtube.com/watch?v=HCkYfYa8ePI&mode=related&search
Mœurs.
Attention : Houston, ce n’est pas la côte Est, ou la côte Ouest… Ce n’est pas non plus la « véritable » Bible Belt conservatrice, même s’il est interdit de boire ou d’avoir avec soi de l’alcool quand on a moins de 21ans… oups ! Á côté, on a quand même le droit d’acheter des armes facilement, mais bizarrement ça m’enchante moins. Grosso modo, s’il est vrai que le Texas est (et est resté en novembre dernier) républicain, et plutôt conservateur (aspect inchangé depuis des décennies, même quand les Démocrates étaient au pouvoir), l’ouverture à l’international de la ville et sa grandeur atténuent pas mal cet aspect (le maire est démocrate !).
Je voudrais bien aussi vous parler des filles ici, de l’ « art » de la séduction et de la relation amoureuse, mais il me faudrait 3 pages. Entre le système de « date », ou tu peux passer des mois de ta vie à faire une simple « approche », entre la vie sauvage des boîtes de nuit, entre les comportements désinhibés des filles qui boivent et leur côté guindé le reste du temps… N’importe quel européen pourrait facilement y perdre son latin ! Passons...
Caucasian...
Autre point qui choque ici : la fragmentation de la société en communautés. Les quartiers sont riches (voire très riches : manoirs…), de classe moyenne (maison petite de deux étages, ou plus grande mais sur un étage), pauvres voire extrêmement pauvres. Ainsi on peut passer en quelques rues d’un quartier de « gated communities » (belles maisons formant une communauté avec grille et système de sécurité) à un quartier pauvre. Certains quartiers sont véritablement des ghettos, et je n’avais jamais rencontré un tel niveau de pauvreté en France (terrains vagues, routes défoncées, maisonnettes type mobil-home en bois, de travers et à moitié détruites…).
Bien entendu, à chaque communauté sa couleur de peau, sa « race », les populations les plus pauvres étant noires ou hispaniques. Bref : un contraste saisissant, qui fait froid dans le dos. Houston « paillettes » Vs. Houston ghettos.
Á côté de cela, il faut aussi envisager les communautés comme des entités ouvertes et tolérantes vis-à-vis des autres… Ma couleur de peau ne m’a pas empêché d’être invité à des soirées « noires » ou « hispaniques », mais ces personnes n’étaient pas non plus issues des milieux les moins favorisés. On ne pas non plus demandé si j’étais chrétien ou juif en entrant dans un YMCA. Bref, je pense que ce qui fait le plus la différence, c’est l’argent. Celui qui est riche est souvent considéré comme « bon » (il a été futé pour jouer sa carte dans le système, rend un service rétribué à la société, et donne de son revenu car ceci est déductible de ses impôts)... Vision cohérente pour les Américains, mais pour le moins étrange pour nous autres français.
Flexliberté.
Ici, tout est « facile »… il « suffit » d’avoir de l’argent !... La plupart des magasins sont ouverts 24/7, la vie est « flexible » et les services à la personne sont nombreux. Tout est fait pour faciliter la fluidité de la vie (on va jusqu’à vous mettre vos courses dans votre sac au supermarché, vous pouvez être remboursés de quasiment tout). Les employés aussi sont flexibles, avec les inconvénients que cela comporte : des caissiers ou des agents de propreté qui ont (assez fréquemment) la soixantaine, des gens qui ne savent même pas ce qu’il servent dans les cafétérias… Normal, c’est souvent leur troisième job de la journée !
Le dynamisme ambiant est l’illustration d’un marché de l’emploi flexibilisé à l’extrême, avec les inconvénients que cela comporte (cf. les conséquences sociales expliquées plus haut, ou le SMIC américain, revu à la hausse par le Congrès démocrate après près de dix ans de stagnation). Pour conséquence : le plein-emploi (cf. les services à la personne, comme au resto où l’on vient vous demander 10 fois par repas si tout va bien !). Pour conséquence aussi : un système qui compte sûrement trop sur les mécanismes du marché et qui en oublie les bienfaits (même pour le marché !) de politiques publiques et sociales. Ici l’individu, ou le tissu associatif (très développé), doivent prendre en charge cette responsabilité…
Texmex.
En parlant de main d’œuvre… Officiellement 35% des habitants de Houston sont d’origine hispanique. En comptant la main d’œuvre illégale, les mexicains sont beaucoup, beaucoup plus nombreux. Ils représentent de la main d’œuvre bon marché le plus souvent (d’autres s’en sortent mieux), ne sont pas assurés, voyagent à l’arrière des Pick-up truck, remplissent les chantiers, sont payés moins que la salaire minimum (ie moins de 5$, soit pas grand chose)… Mais ils subviennent à leurs besoins essentiels et font souvent vivre leur famille restée au pays. De nombreuses chaînes de télé sont en español, les deux langues sont présentes partout.
Á côté, la ville de Houston est remplie de restos mexicains… ça c’est bueno (quesadillas, nachos, tacos…) ! De plus, les mexicains sont en général très sympas et chaleureux.
« Iraaaq » (accent très tonique !).
Les États-Unis sont en guerre. On s’aperçoit très vite que l’Irak est le thème majeur traité par les médias (avec l’Iran), qui sont passés d’un suivisme ultra-patriotique en 2003 à une critique de plus en plus acerbe de la politique de Bush en Irak. Néanmoins, encore aujourd’hui, nombreuses sont les voitures (et les Pick-up bien sûûr) qui arborent un fier ruban autocollant « Support our troops ». Sur ce point, il y a consensus : même si l’idée du retrait est aujourd’hui assez communément partagée, les troupes américaines sur place doivent être en sécurité.
Religion-spectacle.
Délirant ! Il faut le voir pour le croire ! Au pays de l’Oncle Sam, tout est possible !
L’Évangéliste de renom Palau a organisé à l’automne le Houston CityFest. Musique à fond et concert en plein air, groupes de rock pour les enfants, sports Xtrem pour les ados… tout est scrupuleusement organisé pour faire de nouveaux adeptes, et ils ne lésinent pas en moyens ! Á tout ça on ajoute un peu de morale et de témoignages personnels, et… DIEU, j’allais l’oublier ! Car c’est un peu ce qui se passe quand on arrive là-bas : on est très loin de penser qu’il s’agit d’un rassemblement de croyants !
Plus institutionnalisé, mais pas moins étonnant : Lakewood Church. L’Évangéliste Joel Osteen y donne chaque semaine des sermons, en compagnie de sa « très blonde » femme (au sourire aussi très forcé !). Trois écrans géants, couverture télévisée, orchestre et chœur, un globe gigantesque doré dans l’alignement d’un pupitre orné du logo couleur or de Lakewood Church… Le tout dans une ancienne salle de basketball… É-pous-tou-flant !! Du jamais vu, des moyens financiers extraordinaires. On assiste là encore à un concert avec, entre 3 ou 4 chansons, des témoignages personnels des Osteen. « We are victors, and not victims », en plus on y fait de la psychologie type méthode Coué ! Ha oui, j’oubliais encore : il est parfois question de Dieu, et de l’Evangile (2 ou 3 versets maximum en quasiment 2h de « spectacle » !). Pour les initiés : l’eucharistie se résume à peine deux minutes, ou chacun se sert personnellement, sans aucun temps de prière ensuite. Mais là-bas tout est gratuit, même les « cours de KT », durant lesquels on essaye par tous les moyens de vous vendre les livres des intervenants ! Ces cours s’apparentent plus à des conseils pratiques de la vie de tous les jours plutôt qu’à des cours de religion...
En revanche, les messes catholiques elles, sont assez semblables aux messes catholiques françaises. Je « teste » dans quelques jours les pentecôtistes !
Et la France là dedans ?
On est pas dans l’Axis of Evil, mais c’est parfois tendu ! En réalité, on ne peut pas dire qu’il y ait véritablement un sentiment anti-Français généralisé. Les relents anti-français depuis l’engagement américain en Irak s’estompent, et d’après ce que les français présents ont pu m’en dire, je suis assez content de n’arriver que maintenant au Texas. Le slogan (à l’argumentaire très affûté) « Texas is bigger than France » est encore collé à l’arrière de certaines voitures, mais cela reste marginal. Les Texans soutiennent peut-être un peu plus Bush que les autres, ce qui signifie « pas énormément »…
Comme beaucoup de gens ont un accent ici, ce n’est pas facile pour un Américain de deviner en quelques mots « C’est un Français ». En ce qui me concerne, j’ai plutôt – pour eux – la tête d’un Finlandais (nordique en général) ou d’un Allemand, et pour l’accent ils ne savent pas trop non plus, mais n’hésitent pas à me faire remarquer que mon accent sonne parfois Bri«t»ish ou franco-british. De toute manière, un léger accent semble finalement un atout (cf. art de la séduction !) ou une curiosité qui est source de dialogue.
On s’aperçoit tout de même assez vite que les Américains sont attirés par la France, comme en témoigne le (grand) sursaut d’attention porté à notre égard pendant les élections en France (Dans la presse notamment où il fut difficile de trouver un édito pro-Royal !).
What about Europe ?
Il se passe un phénomène étrange à Houston d’ « européisation », c’est-à-dire de « conscientisation d’une même culture européenne ». C’est assez drôle d’ailleurs qu’il faille être hors d’Europe pour le vivre pleinement ! Le réseau des français à Houston est très soudé et sympathique, et il est assez difficile d’en sortir une fois qu’on a mis le pied dedans. Il n’est pas vraiment étonnant de rencontrer des Français, ou de les reconnaître ! C’est la même chose avec les Européens, on se reconnaît, on se salue, le courant passe très vite ! Même chose quand je suis allé au Mexique aussi, où il faut attendre de tomber sur des Italiens pour qu’on nous offre un pastis !
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22.10.2006
Tout vient à point à qui sait attendre !
Enfin des nouvelles !
Je vais commencer les premières lignes écrites sur ce blog par des mots d'excuses, à destination de tous ceux qui m'ont demandé des nouvelles de mon périple américain, et qui se sont retrouvés... "bredouilles". Cette première note est donc l'occasion de synthétiser tous les évènements qui ont fait que, depuis mon arrivée le 1er Septembre à Houston, je n'ai guère eu beaucoup de temps à vous consacrer... Ceci va changer !
Le premier "long" week-end de mon arrivée (comprenant le Labor Day) a été en quelque sorte un week-end d'intégration, à la fois dans la famille d'accueil (que je quitte prochainement pour une colloc avec des américains, si possible), auprès des amis des enfants (soirées) et auprès du personnel du Consulat Général et d'autres français (pic-nic sur la plage de Galveston).
Tout démarrait pour le mieux, quand un évènement est venu noicir - provisoirement - le tableau. Cinq jours après mon arrivée j'ai eu un accident de voiture (première fois en plus de deux ans de conduite)... Point positif (commençons par là) : pas de pépins physiques, ni pour moi, ni pour le conducteur de la voiture que j'ai percutée (déjà handicapé avant l'accident d'ailleurs). Points plus délicats : $3200 de voiture transformés en tôle froissée inutillisable et non remboursable (responsabilité civile), début de la bataille des assurances, contravention de la police pour avoir grillé un feu rouge que je n'ai pas vu (selon le seul et unique témoin!), faire appel à un avocat, comprendre les systèmes judiciaire et d'assurance américains... Bref des procédures et des procédures, des heures au téléphone... A cela se sont ajoutés des ennuis connexes : trouver une nouvelle voiture, une assurance pour ma nouvelle voiture couvrant davantage que celle qui m'avait été trouvée par défaut par mon garagiste, et j'en passe !! Il ne serait pas nénmoins dans ma nature de ne pas terminer sur un touche plus positive (tout de même assez prosaïque!) : j'ai beaucoup appris.
A côté de cela, le travail au service de presse du Consulat s'est avéré passionnant. Mais j'ai dû y accorder un maximum de temps car l'emploi du temps a été (et reste, au moins juqu'à mi-novembre) chargé : venue de l'Ambassadeur de France (préparation de dossiers, couverture médiatique, rédaction d'un article pour France-Amérique...), travail quotidien (revues de presse...), élections du 7 novembre... Bref : pas de répit !
A ceci il faut ajouter que j'ai démarré mon intégration dans diverses communautés (française, méxicaine, américaine, allemande...) très vite (soirées, coktails...). Je donne aussi des cours de français, maths, tennis, ce qui finance mes sorties et séjours (cf Washington, NYC et Boston à la fin mois). La dernière sortie en date a été le Houston CityFest organisé par l'évangéliste Luis Palau, quelque chose d'assez "extraordianaire" dont vous aurez le compte-rendu prochainement dans ma rubrique "Stars and Stripes". Seront jointes dans cette même rubrique mes premières impressions sur la société américaine.
Bref... vous l'avez compris, c'est seulement en décidant de m'octroyer mon premier jour de "congé" que je peux me permettre (entre autres...) de donner des nouvelles globales, et des réponses à vos e-mails. Merci pour votre patience !
Cette note ne sera pas la dernière... To be continued.
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